La Respiration

Savoir respirer c’est savoir maîtriser ses émotions
Nous évoluons dans une société devenant chaque jour toujours plus porteuse d’évènements ou de non-évènements anxiogènes et perturbants. Pour répondre aux nombreuses sollicitations déstabilisantes et agressives l’organisme se défend en utilisant une réaction biologique nerveuse et hormonale, le stress. Les organes des sens signalent un problème à l’hypothalamus qui active les glandes médullo et cortico-surrénales avec sécrétion d’adrénaline, dans la phase d’alarme, et de corticoïdes (le cortisol), durant la phase d’adaptation lors de l’exposition.
Cela se traduit par une augmentation de la tension artérielle, du glucose et de l’oxygène qui sont immédiatement diffusés dans tout le corps via une circulation sanguine et un rythme respiratoire accélérés.

Les neurones et les muscles striés ainsi alimentés en abondance permettent de réfléchir plus vite et d’être en mesure d’affronter le danger en frappant plus fort que l’adversaire ou en courant plus vite pour fuir le prédateur.
Cet état de stress, naturel est sans conséquence, voire bénéfique pour répondre positivement à une circonstance donnée, tant qu’il ne s’installe pas dans la durée pour en devenir pathologique avec ses conséquences néfastes sur le corps et sur l’esprit.

Par la diffusion quasi permanente des hormones de stress que sont d’adrénaline et le cortisol il influence défavorablement le système musculo-squelettique qui se retrouve altéré dans son fonctionnement et son équilibre.
Le phénomène respiratoire se trouve également dans l’impossibilité de s’exprimer pleinement par une succession de blocages des muscles et articulations reliés à la respiration. Le souffle devient court, rapide et incomplet et il est acquis qu’une respiration véloce réduit la durée de vie.

Le danger d’un souffle court
La respiration est intiment liée à la vie, de la première inspiration du nouveau-né lorsque son premier cri lui permet d’activer le mécanisme de la respiration, jusqu’au soupir ultime.
La respiration naturelle du nourrisson autrefois appelée ventrale puis abdominale pour être connue aujourd’hui sous le terme de respiration diaphragmatique se perd au cours de l’évolution de l’individu.
Elle devient alors thoracique antérieure pour être constituée d’inspirations et d’expirations courtes et irrégulières ne permettant pas aux poumons de se remplir dans leur intégralité.
Ainsi, alors que ce mécanisme nous accompagne tout au long de notre vie, nombre d’entre nous ne sait pas utiliser pleinement le potentiel de son volume respiratoire. Nous nous contentons le plus souvent, de respirer en utilisant une petite zone de la partie thoracique antérieure soit 0,5 litre d’air environ par inspiration. Et nous respirons 28000 fois par jour.
L’oxygène étant présent dans l’air, au niveau de la mer, à concurrence de 20,95 %, la quantité absorbée d’oxygène indispensable au bon fonctionnement du cerveau est donc minime. Ce phénomène est d’autant plus problématique qu’en général si l’air inspiré est composé de 20,95 % d’oxygène, l’air expiré en contient encore aux alentours de 16%. Cela signifie que l’organisme n’utilise environ que 25 % de l’oxygène inspiré.

Quand la demande en oxygène n’est pas satisfaite
Si cet apport peut suffire au quotidien pour effectuer les tâches courantes, certaines études avancent que la demande supplémentaire en oxygène que nécessitent des efforts cognitifs, approcherait de 75 % de l’oxygène inspiré. Ce pourcentage ne peut alors être mis à disposition du cerveau, sans perturber le bon fonctionnement de toutes les cellules du corps.
Le cerveau ainsi incorrectement alimenté, ne peut pas assimiler et analyser correctement tout évènement extérieur supplémentaire ou inaccoutumé. Il ne traite pas l’information via le néocortex, la partie du cerveau la plus évoluée, en la recevant, pour l’analyser, la catégoriser, la comparer aux expériences précédentes afin de lui apporter une réponse s’il y a lieu de répondre à la sollicitation.
Au contraire, il va adopter un mode de protection, assimilant ce surcroit d’information comme étant une agression et lui apporter une réponse cette fois-ci émotionnelle primaire et négative, pilotée par le cerveau limbique, le cerveau des émotions. Celle-ci peut alors se manifester sous différentes formes, surprise, tristesse, dégoût, colère, et aussi peur avec ses sous-émotions, l’angoisse, le trac, le stress, la panique…
Tout évènement ingérable entraine donc une perturbation mentale, laquelle est suivie immédiatement d’une perturbation de la respiration.

Sous l’influence de l’énervement, de la colère ou de toute autre émotion forte le rythme respiratoire s’accélère et devient irrégulier tandis que la respiration se restreint, limitant donc la quantité d’air inspiré. Son alter-égo, le rythme cardiaque, se modifie également avec un nombre de pulsations par minute pouvant s’accroitre souvent de façon significative.

Apprendre, et non réapprendre le plus souvent, à respirer pour mieux oxygéner le cerveau permet de limiter les moments de stress, tant par leur intensité que par leur fréquence.
Le cerveau mieux alimenté autorise alors une réponse plus constructive et moins émotionnelle.

La maîtrise de la respiration
Ainsi, savoir bien respirer c’est savoir mieux gérer ses émotions.
Sur le plan psychologique, il n’est plus à démontrer la relation existant entre la respiration et l’état émotionnel. La respiration influe sur le psychisme et inversement le psychisme influe sur la respiration. Respiration et psychisme sont donc intrinsèquement liés.
Dans un cadre de gestion des émotions, cette relation bilatérale revêt une importance primordiale.
Une respiration plus lente permet d’observer des changements positifs dans les fonctions corporelles en l’occurrence, des améliorations quant à la capacité de l’appareil respiratoire, proprement dit mais aussi ceux des systèmes digestif, cardio-vasculaire, nerveux et glandulaire.

Contrairement à cette respiration haletante, témoignage d’un état émotionnel perturbé, une respiration rythmique et ample est le signe d’équanimité et de sérénité. En respirant profondément et régulièrement il devient très facilement de contrôler la condition perturbée.

Quand la respiration vient au secours de nos émotions
Le système neurovégétatif de l’homme, appelé également système autonome, viscéral ou involontaire est composé du système sympathique et du système para-sympathique, est chargé de la régulation et coordination des fonctions vitales de l’organisme. Il permet ainsi le maintien de l’homéostasie interne de l’organisme. Il régule alors certaines fonctions automatiques de l’organisme comme les muscles lisses, la digestion, le muscle cardiaque, de nombreuses glandes hormonales, la respiration.
Cette gestion s’effectue donc de manière autonome, c’est-à-dire, échappant au contrôle total du conscient, à l’exception de la respiration laquelle peut également être pilotée intentionnellement.
La respiration est ainsi la seule fonction dépendante du système neuro-végétatif accessible au contrôle conscient.
Ainsi, même si l’environnement devient perturbant, la maîtrise d’une respiration calme et profonde offre la possibilité d’agir sur le mental et le contrôle des émotions et d’interdire le déclenchement du processus d’état d’alerte du stress.
La pratique régulière de différents exercices respiratoires permet à chacun de s’approprier cette capacité de régulation des émotions.